Chez Épictète, distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas revient à séparer nos jugements, nos choix et nos actions des résultats qui dépendent aussi du corps, des circonstances et d’autrui.

L’action, pas le résultat, constitue le centre de l’exercice. Cette distinction peut orienter une décision sans nier le handicap, les rapports de force ni les contraintes matérielles.

La distinction d’Épictète commence par une limite

Chez Épictète, la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas porte d’abord sur nos jugements, nos choix et nos actes. Elle ne promet pas le contrôle du résultat. C’est précisément cette limite qui rend l’idée moins simpliste qu’un slogan de développement personnel.

  • Une question à poser : dans une situation difficile, séparer les faits, ce que l’on peut encore décider et ce qui appartient désormais aux autres évite de traiter toutes les dimensions comme si elles étaient également modifiables.
  • Un exemple pris au travail : on ne contrôle pas la réponse d’un responsable à une demande d’aménagement. On peut préparer la demande, préciser les difficultés rencontrées, proposer des pistes et choisir la suite selon la réponse.
  • La limite de l’exercice : cette distinction n’ôte rien aux rapports de force, aux handicaps ni aux contraintes matérielles. Elle n’a de sens que si elle aide à choisir une action réaliste, pas si elle sert à culpabiliser la personne qui subit une situation.

Ce qui dépend de nous reste parfois très petit. Dans une situation de handicap ou de rapport de force, la marge peut se limiter à demander un document, solliciter un tiers, différer une réponse ou décider de quitter une situation. Reconnaître cette petite marge n’efface pas l’injustice ni la contrainte.

Utiliser cette distinction sans nier les contraintes

Appliquée aujourd’hui, cette distinction peut aider à séparer une action possible d’un résultat qui dépend aussi d’autrui. Elle ne transforme pas une contrainte en choix. Une maladie, un handicap, une discrimination ou la décision d’un tiers restent des faits avec lesquels on compose parfois, ou contre lesquels une action reste possible.

Lire la distinction dans les deux sens. Reconnaître qu’une chose ne dépend pas de soi peut éviter de s’épuiser à la contrôler. Reconnaître qu’une autre dépend encore partiellement de soi évite l’impuissance totale. Entre les deux se trouve souvent une zone négociable. Demander, préparer, refuser, attendre, recommencer ou solliciter une aide.

Séparer l’action possible du résultat attendu. La distinction d’Épictète n’oppose pas simplement « ce que je contrôle » et « ce que je ne contrôle pas ». Entre les deux, la vie quotidienne contient une grande zone d’influence partielle.

On peut préparer un entretien sans décider de sa réponse, demander un aménagement sans garantir son acceptation, choisir de se retirer d’un échange sans contrôler le jugement que l’autre portera ensuite.

Épictète aide à situer l’action possible. Cette distinction n’évalue aucun symptôme et ne soigne aucun trouble. Une question médicale ou psychologique exige ses propres données, même si la lecture aide ensuite à penser la réponse que l’on choisit.

Revenir aux Entretiens et au Manuel plutôt qu’au slogan. La distinction d’Épictète prend sens dans une philosophie beaucoup plus large que la formule « contrôle ce que tu peux ». Les Entretiens et le Manuel discutent du jugement, du désir, de l’action et de notre rapport aux événements. Revenir à cet ensemble évite d’utiliser une phrase stoïcienne pour nier une contrainte matérielle ou demander une résignation passive.

Questions fréquentes

Épictète affirme-t-il que tout dépend de nous ?

Non. Épictète distingue nos jugements et nos choix des résultats qui dépendent aussi du corps, des circonstances et d’autrui. Cette distinction invite à situer l’action possible sans promettre de maîtriser ce qui arrivera.

Sources et lectures